Dimanche 10 Août 2014

Maison du Patrimoine - Villard-de-Lans, 11h00
Aux frontières de deux mondes

Narey Muller - Violon
Romain Hugon - Violoncelle

Aux frontières de deux mondes où duos pour violon et violoncelle de l’entre-deux-guerres.

Dans ce vaste continent qu’est la musique de chambre, le duo pour violon et violoncelle n’est certes pas le chemin le plus fréquenté. Mais, au lendemain de la Première Guerre mondiale, alors que l’Europe se laissait emporter par la fièvre du jazz et de la musique tzigane, que la grande musique se retrouvait, entre tradition et modernité, aux frontières de deux mondes, quelques compositeurs d’exception relevèrent avec brio le défi que pose une formation si restreinte. Ces orfèvres devaient laisser de fins bijoux, aux chiarascuro délicatement ouvragés, miroitant entre de sombres rougeoiements de braise et les vifs éclats d’éblouissantes étincelles.

En décembre 1920, deux ans après la mort de Debussy, la Revue musicale publia en sa mémoire un numéro spécial, une collection de brèves oeuvres inédites qui lui étaient dédiées. Stravinski, Bartók, De Falla, Roussel et Dukas avaient entre autres répondu à l’appel. Ravel offrit un mouvement pour violon et violoncelle, faisant écho au projet de six sonates “à la française“ que leur ami avait entrepris dans les dernières années de sa vie, mais n’avait pu qu’à moitié compléter. Hanté par l’idée d’y ajouter trois autres mouvements pour en faire une véritable sonate, Ravel y travailla par la suite pendant plus d’un an, ne cessant de remettre sur le métier ce travail qui ne tenait qu’à deux fils. Le soir de la création, le 26 avril 1922, on fut renversé par la densité du discours et l’étonnante palette sonore que le compositeur sut faire ressortir de ces deux seuls instruments.

“Il faudrait que Ravel écrive la réduction de son duo pour grand orchestre, nota avec une admirative ironie le musicologue Roland-Manuel. Vous faites jouer la flûte au violoncelle et du tambour par le violon“ s’exclama l’une des créatrices de l’oeuvre, la violoniste Hélène Jourdan-Morhange. En effet, dès le début, et en plusieurs moments tout au long des quatre mouvements, la mélodie, émaillée de notes flûtées en harmoniques, plane dans le registre supérieur du violoncelle au-dessus du violon qui l’accompagne. Mais, à d’autres moments, des jeux complexes de pizzicati, doubles cordes ou accords brossés, présentent non seulement au violon, mais aux deux instruments, toute une panoplie de surprenants effets percussifs, dont certains sont d’une féerique poésie. Au début du second mouvement, par exemple, un tic-tac d’horloge se dissout en un mystérieux bruissement, comme submergé par la vie invisible s’éveillant du silence d’une nuit sans lune.

En 1928, dans une Esquisse autobiographique, Ravel devait noter au sujet de cette sonate : “Tournant dans l’évolution de ma carrière. Le dépouillement est poussé à l’extrême. Renoncement au charme harmonique, réaction de plus en plus marquée dans le sens de la mélodie.“ Le moins que l’on puisse dire, c’est que Ravel avait mis la barre haute pour ses successeurs…

Au programme :
  • Zoltan Kodaly (1882 - 1967) : Duo op.7 pour violon et violoncelle
  • Gaspar Cassado (1897 - 1966) : Suite pour violoncelle seul (Prélude-fantaisie, Sardane, Intermezzo et danse finale)
  • Maurice Ravel (1875 - 1937) : Sonate pour violon et violoncelle (Allegro - Très Vif - Lent - Vif, avec entrain)
  • Enrique Granados : Intermezzo et Zarabanda
  • Ernesto Nazareth : Bamboino
  • Maximo Diego Pujol : Café para dos

Eglise de St-Martin-en-Vercors, 18h30
Les Toréadors
(Autour de Carmen)

Ensemble “Musiques-en-Vercors”
Thierry Boiteux, Cédric Imbert - Flûtes
Sébastien Vanlerberghe - Hautbois
Eric Belleudy - Clarinette
Serge Fustin - Basson
Albin Le Bossé - Cor
Marie-Christine Belleudy, Anoulay Valentin, Céline Prévot - Violons
Véronique Desloges - Alto
Romain Hugon, Pascal Jemain - Violoncelles
Sylvain Courteix - Contrebasse
Delphine Benhamou - Harpe
Philippe Cornus - Percussions
Franck Masquelier - Direction

Lorsque Georges Bizet crée en 1875 son opéra Carmen, tiré d’une nouvelle de Prosper Mérimée du même nom, il est loin d’imaginer quel succès retentissant et mondial son opéra aurait plusieurs siècles durant. Pour la première fois dans l’histoire de l’opéra, Bizet ose rompre avec la tradition. Présenter une histoire évoquant passion, violence et se terminant par le tragique destin de Carmen est une grande première dans l’histoire de l’Opéra-­‐Comique, où fut créé l’ouvrage.

Mais ce n’est pas la seule raison. L’introduction de passages dramatiques associés à des moments de comédie, la mise en scène des choeurs pour la première fois évoluant sur scène en petit nombre, sans oublier des parties orchestrales ardues pour les musiciens participèrent également au renouveau du langage musical.

Pourtant la création ne reçut pas le succès tant attendu. Le public s’offusqua contre le caractère immoral du sujet, regretta l’exécution moyenne des musiciens et déplora surtout la longueur du spectacle, jugée interminable. Malheureusement, la froideur du public et les critiques hostiles affectèrent terriblement Bizet, déjà surmené et fatigué. Il décéda quelques mois plus tard.

Le Festival propose un programme original qui rend hommage à l’âme hispanisante de Carmen, avec ses deux suites spécialement réorchestrées pour l’Ensemble Musiques-en-Vercors.

Il sera complété par une oeuvre de Maurice Ravel évoquant la danse d'une jeune princesse à la cour d'Espagne (Pavane pour une Infante défunte) et à deux compositeurs espagnols dont l’écriture musicale y fait référence : Joaquin Turina et Manuel De Falla.

Au programme :
  • Joaquin Turina (1882 - 1949) : Trois Danses gitanes op. 55 pour Quintette à vent
  • Manuel de Falla (1876 - 1946) : Danse rituelle, extraite de l’Amour sorcier
  • Maurice Ravel (1875 - 1937) : Pavane pour une infante défunte
  • Gabriel Fauré (1845 - 1924) : Pavane
  • Georges Bizet (1838 - 1875) : Suites d’orchestres n°1 et 2, extraites de Carmen